Voyage français

14 avril 2019

Opatija oasis

Il y a des endroits qui sont les oasis, les havres de païx où l’esprit s’échappe. Opatija est l’un d’eux.

A Opatija, les gens ne sont pas pressés.

Lorsque tu te promènes à Opatija, c’est comme si tu n’avais pas de problèmes. On sent que le poids de la vie est de l’autre côté de la presqu’île, à Rijeka.

 

Opatija offre l’espoir.

 

J’aime Opatija car on y trouve des gens du XXe siècle.

A Opatija coexistent deux dimensions parallèles, le passé et le présent.

C’est là où on peut trouver le passé du XXe siècle et des histoires des tourbillons de guerres.

C’est là où viennent les personnes âgées. Ce sont ses hôtels et ses palais Belle Epoque qui les apellent, qui leur parlent, qui évoquent leurs souvenirs. Je me rends compte qu’ils choisissent d’y venir parce que cet endroit est leur habitat naturel, car leurs histoires sont liées et font partie des tourbillons des guerres du XXe siècle.

 

Opatija est pleine d’histoires.

Posté par Sofia Magaris à 06:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]


07 mars 2019

Pourquoi la France ?

Parce que je cherchais une partie importante de moi-même que je ne pouvais pas trouver dans ma région natale. Mon esprit, mon âme cherchait à s’envoler plus loin. En France j’ai trouvé cette partie de moi-même. Ce moi raffiné, poétique.

Ce moi qui, si j’étais née dans un autre endroit et dans un autre temps, serait Mademoiselle dans un bel appartement qui lirait et écrirait, bien habillée, préparant des plats raffinés, parlant tous les jours une langue romane. Cette Mademoiselle parlerait littérature, mettrait des parfums, voyagerait en Toscane et en Provence, vivrait l’art ;

C'est étrange, tu vois...

j’ai réussi à créer cette Mademoiselle, lui faire l’espace : par des mots, par des livres, par l’écriture, par les plats que je prépare, par mon mode de vie poétique. C’est la langue française qui me l’a permis : avec la langue française je suis devenue une autre personne, quelqu’un d’autre.

Avec la langue française, la cuisine et l’écriture JE CONTINUE A VOYAGER dans mon imagination.

Je prépare des crumbles, je les marie aux ingrédients que je trouve ici.

J’échappe à la langue slave de sud qui m’entoure. Je crée mon petit monde à moi.

Dans mon petit univers, je ressens cette Mademoiselle qui est en moi. Je ressens cette poésie française qui m’imprègne, ce raffinement. Je m’approche aux boulangeries-pâtisseries françaises où il fait bon vivre.

Heureusement, ici on est à proximité de l’Italie, pays latin, avec leur bon café (meilleur qu’en France) et des brioches (croissants italiens).

Posté par Sofia Magaris à 01:21 - Commentaires [1] - Permalien [#]

28 février 2019

La lumière dans la chambre d'hôtel, notre logement

J’écris sous la lumière de Carvage de ma lampe de chevet,

dans notre petit monde,

dans notre chambre d’hôtel qui n’est nulle part, d’accord,

mais surtout pas ici,

tandis qu’on entend, Jacques et moi,

plutôt moi car Jacques dort,

les fanfares du carnaval,

carnaval qui ne représente rien pour moi,

même pas une distraction ;

carnaval que je ne partage pas,

moi étrangère, éternelle étrangère,

même dans la ville de ma naissance.

 

P2280374

Posté par Sofia Magaris à 20:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 février 2019

Ce que c'est qu'une langue

Une langue est comme un nouveau rêve, inexploré. Une langue est un rêve dans lequel nous pouvons choisir des mots et embellir chaque jour, la vie durant. Dans une langue, on peut être quelqu’un d’autre. Dans une langue on peut se transformer infiniment, changer et réinventer notre identité. Et ce sera pour nous toujours intéressant, beau et agréable !

Une langue est un rêve, nouvel ami, ami intéressant.

Jouons avec la langue, inventons des histoires, créons !

Une langue est la promesse qu’un monde tout nouveau nous attend.

 

Pour moi, la langue française est poétique, telle une langue magique pour un enfant : personne me comprend:-)

Cet émerveillement dure toujours. La langue française est mon jardin secret.

Posté par Sofia Magaris à 04:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 février 2019

« Tout commence par une interruption » Paul Valéry

J’ai interrompu ma vie à plusieurs reprises. C’étaient de brusques interruptions, des interruptions drastiques.

Je changeais de pays (de Croatie en Italie, de l’Italie en Croatie, de France en Croatie).

Je changeais brusquement le mode de vie aussi. Je quittais la France pour venir en Croatie, de nombreuses fois. Ces deux pays sont d’une telle différence que cela crée la nostalgie pour la France, une nostalgie qui rentre dans ton sang, qui devient ta compagne fidèle.

Mais ce qui s’est passé à moi lors de la dernière grande interruption, ce n’est pas que le changement de mode de vie - c’est un saut quantique : en 2016, à 41 ans, j’ai dit NON.

Depuis des années je me préparais pour ce non, j’espérais qu’un jour je pourrais dire non.

Et je l’ai dit.

En fait, j’ai pris ma décision le 5 janvier 2016, en rentrant de Croatie en France. On se dirigeait en bus vers cette frontière qui est la mienne, la triple frontière slave-germanique-romane. Je me rappelle, j’étais dans le bus Fiume-Trieste, il faisait encore nuit, c’était très tôt le matin. Dans mes oreillettes, j’écoutais Franco Battiato (Alexander Platz).

J’avais un signe pour me décider à dire non : mon coeur battait de manière incontrôlable, dû à la thyroïde. Pour moi c’était le signe que le moment est venu, que le corps ne peut plus continuer de cette manière, suivre ce mode de vie qui consistait en déménagements constants. J’ai écouté ce signe et j’ai dit NON.

Ce NON, je l’ai payé, je paie toujours le prix de ce non. J’étais prête à payer le prix.

Pourquoi je parle du saut quantique et pas d’un simple changement ?

Car ce NON comportait la perte de travail, la perte à jamais de retourner vivre en France, la perte de la dignité et du respect des autres, même ceux les plus proches.

A Fiume, il fallait tout recommencer, il fallait tout construire, trouver du travail à moi-même et à mon mari, trouver le logement, l’équiper. Une nouvelle vie.

C’est ainsi après une interruption.

Quand on se permet de dire NON aux Dieux.

Quand on dit « Je ne peux plus endurer ».

Quand on ose dire non, on paye le prix.

Mais dans ce recommencement, il s'est passé quelque chose. Souvent on ne sait pas si on s’est trompés ou pas, si le risque qu’on a pris vaut le coup ou pas, parce qu’on ne sait pas où nous emmènera ce tournant que notre chemin a pris et le risque qui l’accompagne.

Mais une chose est sure, j’en suis convaincue : « Sbagliando si inventa. »(Gianni Rodari), c’est à dire, quand on se trompe, en même temps, on invente.

Ainsi moi j’ai inventé une nouvelle vie : notre enfant Jacques est né exactement 3 ans après, le jour même où j’ai décidé que moi aussi j’ai mon mot à dire, de dire NON.

Posté par Sofia Magaris à 05:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]


13 février 2019

Le regard des gens de Sud

Moi je suis née au Nord du Sud, à l’Adriatique de Nord qui n’est pas la Méditerranée, comme ne l’est Venise non plus. Je ne me rendais pas compte de ces origines qu’à partir du moment où je suis partie vivre dans le Nord. J’ai vécu d’abord à Zagreb, ensuite à Padoue, puis à Strasbourg et enfin à Paris.

Ce n’est qu’à Paris que j’ai commencé à apercevoir, reconnaître dans la rue les gens de Sud. Je ne sais pas comment, mon œil pouvait discerner les personnes qui sont liées à la mer. Dans la rue, dans le métro… partout. Je sentais la mer (A cette époque, je me questionnais moi-même : est ce qu’il est resté un peu de mer en moi-même? Je sentais avoir perdu mon côté maritime. La mer me manquait cruellement.)

Quand j’habitais en France, j’ai saisi l’occasion de partir en Corse, c’était mon rêve de voir Bonifacio. Donc, à Paris, on a pris l’avion pour Ajaccio, c’est là-bas où j’ai commencé à apercevoir LE regard des gens de la Méditerranée. Mon mari qui est de Sud, du vrai Sud, le décrive de cette manière : » Le regard de ces gens, c’est comme si eux t’aideront et te voleront en même temps. » J’ai VU ce regard.

Du retour dans le Sud (A l’Adriatique de Nord mais c’est le Sud par rapport à la France) j’ai vu à l’arrêt de bus des Italiens de Sud qui viennent ici pour aller chez le dentiste. Eux ils avaient ce regard, ce même regard. C’est un regard très perspicace. Un regard qui scane, un regard qui pénètre jusqu’à l’essentiel. Un regard qui voit clairement. Il n’y a rien de tendre ni de romantique dans ce regard, comme dans la chanson de Jovanotti : « Io ti offro verità, corpo, anima e cervello. »

Moi je reconnais ces personnes et quand je les regarde, ils me voient aussi. Peut-être on a le même regard. Peut-être à force de voyager et de déménager pendant des années, ce regard est devenu aussi le mien.

Posté par Sofia Magaris à 03:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 janvier 2019

Paris-Trieste

A l’époque où j’arrivais de Paris à Trieste, j’ai remarqué une chose : mon regard était habitué au regard des Français. Dans leurs regards, il y avait une curiosité. J’ose même dire une curiosité pour draguer. Mais certainement une curiosité pour explorer.

J’étais arrivée à Trieste, en attendant mon bus pour Fiume. Sur la Piazza dell’Unità, la principale place de Trieste, il y avait encore un bar qui s ‘appelait« Sting ». J’ai commandé le café et le sandwich aux garçons du bar et du coup je me suis tout de suite apperçu de leurs regards calmes et sereins. Ce n’était plus le regard français. C’était un regard….stable (austro-hongrois, comme l’est leur ville?)

Un regard qui reflète une ville où peut-être il n’y a pas trop d’incitations sur le cortex, pas comme à Paris, mais en revanche, un regard serein des personnes qui sont en païx avec eux-mêmes.

 

Posté par Sofia Magaris à 17:14 - Commentaires [0] - Permalien [#]

13 décembre 2018

Les femmes qui déménagent

Moi j’ai vu et j’ai travaillé avec des femmes qui déménageaient pour le travail. Le déménagement, je le considère aussi comme une sorte d’addiction. On devient accro à changer de lieu d’habitation, cela peut devenir une source de plaisir – dégustation de la liberté, l’idéal qu’on essaie d’attendre nous tous, baignés dans notre condition humaine. Je faisais le cours d’anglais avec une italienne qui déménageait pour le travail. Elle était déjà...je ne peux pas dire fatiguée des déménagements mais un peu...je ne sais pas si blasée ou indifférente est le mot juste, mais elle n’était certainement plus exaltée par les déménagements. Elle racontait qu’en Italie sa fille s’est retrouvée au lycée un an plus jeune que ses camarades de classe car elle, à la différence d’eux, avait suivi une éducation internationale et donc en changeant des écoles avait achevé plut tôt sa scolarité.

Les enfants des parents qui déménagent sont différents, rien à faire -ils sont étrangers pour ses camarades de classe. Comment les enfants réagissent-ils aux déménagements ? Je n’ai pas eu d’enfants en déménageant mais je suis persuadée que c’est traumatique (peut-être ce sera de moins en moins le cas en ce temps de grande mobilité).

J’ai vu l’expression de visage d’une Rom, femme de voyage, lorsqu’elle a débarquée à Paris dans un van que conduisait son mari, ils auraient dû voyager toute la nuit. Elle était très fatiguée. Oui, ils vont passer quelque temps à Paris, ce sont des gens de voyage, et pourtant même elle était fatiguée.

Les femmes dont le métier est lié au déménagements n’ont pas beaucoup d’enfants ou pas du tout. Les enfants, c’est étroitement lié au mode de vie : est-ce qu’on est sédentaire ou pas.

Moi personnellement, à cause des déménagements, je n’ai pas vu passer ma trentaine. Le déménagement t’offre une autre façon de sentir le temps, réagir, percevoir le temps, une autre relation au temps et à l’espace.

En fait, tout ce que j’essaie de décrire a à faire avec la relation à l’espace et au temps.

Je crois que la plupart des femmes ne sont pas très contents si elles déménagent souvent : c’est dans notre nature. On a appris, depuis des millénaires, d’être statiques, de s’occuper de notre maison. Ce n'est qu'à partir de nos jours que la mobilité, au moins celle des voyages, devient plus accessible à la majorité des gens qui peuvent se le permettre.)

Mais ce que j’ai pu constater, les femmes qui avaient l’impulse de mobilité (voyager ou aller travailler à l’étranger) et qui ne l’ont pas fait -elles sont mécontentes.

Et les maris des femmes qui déménagent ? Le mieux c’est lorsqu’ils ont un penchant artistique (qu’ils aiment de la musique, jouent un instrument, qu’ils sont des ex-DJ’s) car pour eux c’est plus facile d’accompagner leurs partenaires poursuivre sa carrière.

En fait, je ne peux décrire que ce que j’ai vécu et ce que j’ai vu car en tant qu’être humain, je n’arriverais jamais à expliquer quelle est la relation des déménagements par rapport à l’espace et au temps. Je ressens que ce phénomène relève de cette relation mais je ne peux y contribuer qu’en décrivant mes propres sentiments et mes sensations, vécues sur ma propre peau.

 

louer c'est

peur de la

sentez-vous

Posté par Sofia Magaris à 06:26 - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 novembre 2018

Du pouvoir médicinal des langues

Je me rappelle le livre « Pollyanna ». Je l’ai eu en cadeau à la fin de mon cours d’italien. J’avais 13 ans à l’époque et pour pouvoir le lire, j’ai commencé à traduire ce livre de l’italien en croate.

Les langues romanes, surtout le français, étaient pour moi un univers à moi, un univers où le contrôle de ma famille ne parvenait pas à me suivre.

J’étais libre dans mes langues. Là, il n’y avait que moi et ma liberté. Surtout en français, j’étais libre et insaisissable. C’était « il mio minimo di sognante ».

« Ti viene data solo una piccola scintilla di follia. Non devi perderla. » Robin Williams (Dans la follie aussi on est libre.)

 

En France, j’étais libre.

« Scendere al Sud per seguire la mia stella, sui mari dove io ero

scendere al Sud per seguire la mia stella, la prossima tappa del moi cammino. » Franco Battiato

Maintenant, j’ai deux endroits, deux univers où je peux me rendre lorsque je ne peux aller nulle part dans l’espace : avec l’immagination il y a deux univers où je peux aller – à travers l’italien et à travers le français.

Cela me permet de voir les choses autrement. Cela me permet d’avoir une vision qui s’échappe de la réalité.

« RISVEGLI », Salvatore Quasimodo

Ogni moi momento

io l’ho vissuto un’altra volta

in un epoca fonda

fuori di me. 

 

Je suis ici, mais je ne suis pas ici. C’est en cela que consiste ma liberté. Per non essere inchiodata nella realtà.

Je ne suis pas ici. Je n’y suis pas présente.

Posté par Sofia Magaris à 03:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 octobre 2018

Le vent

Ce soir, il y a du vent de Sud, lo scirocco, jugo. Presque ouraganique. Les vagues sont immenses, les goëlands captent le courant et flottent dans l’air.

Jugo souffle fort aujourd’hui.

Tu sais ce qui est beau ici : ici on peut sentir la nature. Ici on est connecté à la nature, on fait partie de la nature.

Ici on peut sentir comment est l’hiver, sentir l’automne sur sa peau, le printemps, l’été.

A Paris je ne sentais pas du tout la nature, je ne sentais même pas comment est l’hiver. On est déconnecté de la nature et cela n’est pas bien.

Je sais que c’est bien que je sois ici.

Je me réjouis à écouter le vent. Lo scirocco, la bora, la pluie.

Pendant des années je n’entendais pas, je ne sentais pas le vent. Cela me manquait cruellement.

Moi je suis tellement heureuse de pouvoir entendre le vent, de voir des vagues sur la mer.

Posté par Sofia Magaris à 04:39 - Commentaires [1] - Permalien [#]