Voyage français

04 novembre 2018

Du pouvoir médicinal des langues

Je me rappelle le livre « Pollyanna ». Je l’ai eu en cadeau à la fin de mon cours d’italien. J’avais 13 ans à l’époque et pour pouvoir le lire, j’ai commencé à traduire ce livre de l’italien en croate.

Les langues romanes, surtout le français, étaient pour moi un univers à moi, un univers où le contrôle de ma famille ne parvenait pas à me suivre.

J’étais libre dans mes langues. Là, il n’y avait que moi et ma liberté. Surtout en français, j’étais libre et insaisissable. C’était « il mio minimo di sognante ».

« Ti viene data solo una piccola scintilla di follia. Non devi perderla. » Robin Williams (Dans la follie aussi on est libre.)

 

En France, j’étais libre.

« Scendere al Sud per seguire la mia stella, sui mari dove io ero

scendere al Sud per seguire la mia stella, la prossima tappa del moi cammino. » Franco Battiato

Maintenant, j’ai deux endroits, deux univers où je peux me rendre lorsque je ne peux aller nulle part dans l’espace : avec l’immagination il y a deux univers où je peux aller – à travers l’italien et à travers le français.

Cela me permet de voir les choses autrement. Cela me permet d’avoir une vision qui s’échappe de la réalité.

« RISVEGLI », Salvatore Quasimodo

Ogni moi momento

io l’ho vissuto un’altra volta

in un epoca fonda

fuori di me. 

 

Je suis ici, mais je ne suis pas ici. C’est en cela que consiste ma liberté. Per non essere inchiodata nella realtà.

Je ne suis pas ici. Je n’y suis pas présente.

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30 octobre 2018

Le vent

Ce soir, il y a du vent de Sud, lo scirocco, jugo. Presque ouraganique. Les vagues sont immenses, les goëlands captent le courant et flottent dans l’air.

Jugo souffle fort aujourd’hui.

Tu sais ce qui est beau ici : ici on peut sentir la nature. Ici on est connecté à la nature, on fait partie de la nature.

Ici on peut sentir comment est l’hiver, sentir l’automne sur sa peau, le printemps, l’été.

A Paris je ne sentais pas du tout la nature, je ne sentais même pas comment est l’hiver. On est déconnecté de la nature et cela n’est pas bien.

Je sais que c’est bien que je sois ici.

Je me réjouis à écouter le vent. Lo scirocco, la bora, la pluie.

Pendant des années je n’entendais pas, je ne sentais pas le vent. Cela me manquait cruellement.

Moi je suis tellement heureuse de pouvoir entendre le vent, de voir des vagues sur la mer.

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17 octobre 2018

Le port, un an après

Pendant un an, j’ai travaillé dans le port. Pendant un an je me rendais au travail dans le port. Ici, on dit Riva.

Pour moi, le plus intéressant dans le port était de regarder des bateaux. J’aimais le fait d’être dans le port. J’aimais reconnaître des travailleurs de port qui font le chargement des grands bateaux.

C’était pour moi un grand plaisir de passer de coté du bateau-hôtel marina pour voir qui est assis sur leur terrasse le matin pour prendre son café. Souvent je voyais des étrangers autour ce botel et dans la pâtisserie Cacao où les filles et les garçons qui travaillent dans ce café m’ont apprivoisée comme moi je les ai apprivoisés.

Le port est la partie la plus intéressante de Rijeka. Ici il y a toute sorte des gens, des scènes de toute sorte. Ce qui est génial aussi c’est que le grand marché de la ville est à proximité du port.

Au début, j’étais très mal à l’aise de faire mes courses au marché, je ne connaissais pas des prix, je ne connaissais pas des marchands ni leurs stands, je ne connaissais presque rien. C’est pour cela que je trimbalais toutes mes courses du marché d’Opatija, beaucoup plus petit et où j’avais l’impression d’être protégée, où je me sentais en sécurité. Avec le temps je devenais plus courageuse pour aller faire mes courses dans le marché de Rijeka, qui pour moi était plus rude.

A ce que je me sens bien maintenant dans le port ont contribué beaucoup les garçons et les baristes de la pâtisserie Cacao. Les touristes, aussitôt qu’ils voient Cacao ils y prennent leurs places, ils sentent que c’est un endroit « to be ».

Moi j’aimais beaucoup des scènes d’arrivée des bateaux de pèche le matin avec du poisson frais.

En fait, le port entier est pour moi virile. Je suis fasciné part le fait d’être dans un vrai port d’où partent des bateaux.

Le port, le soir. Après les cours de soir que je donnais, je ressentais cette atmosphère sfumato du port de Rijeka : de rares marins, comme s’ils sont en train de chercher quelque chose qui n’y est pas ou n’y est plus.

Dans le port il y a beaucoup de bateaux à voile et un vrai voilier, celui de l’Ecole de navigation, merveilleux.

Ce qui me rend joyeuse ce sont des goëlands. Je suis tellement heureuse par le fait qu’ils sont ici, près de moi, que moi je suis ici, au bord de la MER. L’atmosphère de la MER.

Ce qui est plus beau que de vivre à Paris, c’est la mer. La mer est plus belle même de la diversité humaine qu’on peut éprouver et voir à Paris.

Et c’est cela. La mer, le port, les bateaux, les travailleurs de port, les goëlands, les ferrys pour les îles. Et la montagne Ucka qui regarde tout cela, immobile.

Une province, oui, mais une province au bord de la mer.

L’important pour moi est de ne m’être pas perdue dans tant de voyages, tant de déménagements.

Moi je ne suis pas faite ni pour l’Italie, ni pour la France, ni pour Rijeka. Moi je suis un peu de tout cela, je suis quelque part PARMI tout cela, dans mon intérieur j’ai une partie en moi-même de tout cela.

Je suis heureuse de ne pas m’être perdue en découvrant le monde.

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12 septembre 2018

La guerre était le temps des déplacements

Moi aussi dans ce chaos je me suis décidée à recommencer. A l’époque plein de gens se déplaçaient, changeaient leurs lieux d’habitation. Ils allaient en Allemagne, au Canada ou vers l’Est. Régulièrement on apprenait que quelqu’un était parti.

Peut-être s’il n’y avait pas eu la guerre, moi je n’aurais pas décidé ainsi drastiquement de changer mon lieu d’habitation, de déménager. Mais déjà à cette époque, même si j’étais très jeune, je saisissais par mon intuition que Z. n’est pas la ville pour moi, n’est pas taillée pour ma mesure et mon aventure a commencé, ce long voyage qui a duré 20 ans.

Oui, car en temps païx l’on ne se décide pas aussi facilement de quitter l’endroit où on est. Mais en guerre, dans ce chaos, on doit prendre des décisions beaucoup plus vite.Et des décisions importantes, même drastiques. Moi, je les ai prises, coûte que coûte.

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22 août 2018

Le pèlerinage

Je cherchais des explications sur le pèlerinage : pourquoi des gens décident de partir en pèlerinage. Dans un livre sur le pèlerinage au Moyen Age, j’ai trouvé la meilleure explication : pour retrouver un ordre dans sa vie.

Avant de partir de nouveau en France, je sentais que le vers de la chanson « Il viaggiatore » d’Angelo Branduardi s’adressait à moi à ce moment-là: « Questa è la tua ora, parti viaggiatore. »

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La présence et l’absence

Moi j’avais déménagé pendant 27 ans, à partir de ma 16e année. J’ai déménagé 17 fois, de ville en ville, de pays en pays.

Ce que j’ai pu constater c’est que les gens de ton entourage ne comprennent rien au mécanisme de déménagement. C’est un grand obstacle à la compréhension. Ainsi j’ai perdu plusieurs amies car elle ne comprenaient pas que je venais de déménager. Elles ne comprenaient pas ce que c’est d’arriver dans une nouvelle ville et de devoir organiser sa vie (pour moi plutôt organiser la vie de nous deux), elles pensaient que je les évite. Et moi j’avais d’autres chats à fouetter que de les appeler et de parler avec elles-sur quoi ? Oui : Il n’y a que les gens qui ont déménagé qui peuvent comprendre cette expérience car ils l’ont vécue sur leur propre peau.

Il y a des vérités qui s’avèrent toujours lors d’un déménagement. L’une d’elles est : Le vagabond est un invité indésirable. Tu déménages souvent ? C’est suspect.

Il y a encore un fait et je peux jurer que c’est scientifiquement prouvable, celui de la présence et l’absence.

Moi je travaillais dans une profession où déménager faisait partie du travail. Alors on n’est pas tout à fait présent dans la ville qu’on habite car on est toujours dans la possibilité d’un départ imminent. En fait, pendant ces 13 ans, j’étais moitié ABSENTE. Je n’étais pas complètement présente ni à Stbg (parce que je savais que je partirais) ni à Zg (parce que je partais constamment, que ce soient des départs réels -Toulouse, Arles- ou fictifs (parce que j’espérais repartir à l’étranger plus longtemps). A Paris aussi j’étais absente car je savais que je n’y pouvais pas rester de toute façon. Donc, j’étais absente du SOL où je marchais pendant 13 ans. Pendant 13 ans, je flottais dans l’air. Je fonctionnais, oui, bien sûr, on fonctionnait même en deux. Mais je n’ai pas eu d’enfants.

Et voilà encore un exemple. Cela arrive aussi aux marins (je l’ai entendu dans l’émission La soirée de marins) : on est chez soi, on sait qu’on va partir mais on ne sait pas quand. LE coup de fil : hop ! La date est fixée et on est déjà absent. Même s’il nous reste encore un mois avant le départ : mais on n’est plus présent.

 Moi je suis persuadée que le voyage crée l’addiction.

L’addiction au voyage.

C’est une ad-dict-ion.

C’est pour cela, à mon arrivée à Rijeka lors des premières fêtes de fin d’année où je ne devais pas faire mes valises, je me promenais devant la gare routière en voyant la foule qui s’entasse dans des bus comme moi autrefois en me disant : « Dieu merci, je ne dois plus partir. » Car la dernière année de ma vie à Zg je ne supportais plus de m’asseoir dans les bus de cette gare routière : je ne supportais plus ces éternels départs.

Encore un mot sur l’absence.

Lorsqu’on envisage de déménager, on n’est plus sur le sol-on est dans l’air. Lorsqu’on veut constamment quitter l’endroit qu’on habite – notre esprit est dans l’air. On n’est pas sur le sol-on est absent. Ton esprit est absent. Mais le corps et l’esprit doivent faire l’un : un ensemble.

J’y suis présente. Je ne suis plus absente, je ne suis plus dans l’air, je suis sur le sol.

Moi, mon voyage intérieur, je l’ai fait. Je l’ai fait en vrai, j’ai fait véritablement des voyages. Moi j’avais besoin de partir pour guérir le traumatisme. Ce long voyage a guéri mon traumatisme.

Moi je suis partie loin. Près de l’océan atlantique. J’ai fait tout ce long parcours.

Si moi j’ai pu passer par toutes ces expériences, je suis prête.

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20 août 2018

Dieu de retour

Dans une d’innombrables émissions à la radio italienne que j’écoute, il y en avait une sur le Dieu de retour - il Dio del ritorno.

Le Dieu de retour est une divinité d’antiquité qui est vénéré sur la Via Appia aux portes de Rome.

C’était une émission qui a attiré mon intention car il s’agissait d’une divinité du voyage, liée au parcours du voyageur. Son autel se trouvait sur la Via Appia pour ceux qui partaient à Rome ou qui rentraient à Rome après un long voyage en Orient ou au retour des pleines d’Italie de Sud.

Heureux celui qui pouvait le vénérer à son retour, celui qui retournait sain et sauf.

Dans l’émission a été dit quelque chose de très important : lorsqu’on part, on doit penser aussi toujours au retour si on est chanceux d’avoir un endroit où retourner.

Des offrandes qui étaient faites au Dieu de retour étaient dans l’espérance qu’on retournera en forme, plus riches ou plus vivants qu’avant, ayant appris des choses et enrichis des rencontres faites le long du chemin.

Car le voyage n’est-il aussi un hymne de cette possibilité d’homme de pouvoir marcher, hymne à la liberté de bouger dans le monde.

Fabrizio de André l’a bien dit dans sa chanson Khorakhané : « Per la stessa ragione del viaggio, viaggiare ». Pour la raison même du voyage, voyager.

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04 août 2018

Hey, cet endroit était autrefois habité par quelqu’un !

Hey, vous qui êtes maintenant dans cet appartement où habitait autrefois ma famille, hay vous qui louez des chambres d’hôtes et des appartements en France, sur la côte adriatique, en Méditerrannée, hey !

Ici-habitaient-des-gens .

Ici avaient lieu leurs drames, nos drames, drames personnelles, ici ces gens luttaient pour survivre, pour que leurs enfants survivent, leurs petits-enfants, ici vivaient des gen !

Hey vous qui payez aujourd'hui tout simplement euros pour un appartement ou un gîte à Opatije ou en Corse, hey vous ! Ici vivaient des gens ! Hey vous qui avec votre argent achetez tout simplement une maison à Obrs ou à Moscenicka Draga ou n’importe où, sur la côte adriatique ou en Corse : ici vivaient des gens ! Ils étaient arrivés là avant vous, ils existaient, ils partirent. Ici vivaient des gens et moi je vous dis, leurs esprits continuent à être ici, parmi vous, parmi nous.

Ces gens...ces gens que je connaissais, petite, à Draga, en Istrie, à Opatija...eux tous (nous tous) avons donné notre contribution, on a donné tout ce qu’on a dû, ou mieux encore, on a donné tout ce qu’on a pu donner, tout ce qu’on a pu, on a donné. Et on est partis, les autres sont arrivés.

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03 août 2018

A mon retour à Rijeka

Je vais écrire des bateaux. Depuis que je suis arrivée à Rijeka, je suis émerveillée en regardant les bateaux.

Rien d’étonnant, cela fait longtemps que je ne les voyais pas, cela fait longtemps que je ne pouvais pas les regarder.

Quand je suis arrivée à Rijeka, la première chose qui m’a ravie c’était le port, la mer, les bateaux.

A un moment donné, j’ai remarqué la montagne (en la voyant du port de Rijeka)

A un moment donné, de mon balcon, j’ai remarqué les versants de la montagne baignés de soleil (le soleil les illumine, le jeu de clair-obscur)  

Rijeka comme si c’est un port qui ne l’est pas. Un port vétuste. Il fascino del vecchiotto. Tout cela a été bâti bien avant nous par quelqu’un…

Dans ce port, il n’y a pas beaucoup de bateaux mais ils ont l’air d’odysée.

Une scène mythique : la mer et le port dans le brouillard, des grues...une vraie image d’odysée, d’Ulysse.

Des bateaux de pêcheurs sur la jetée tôt le matin lorsqu’ils rentrent de la pêche, accompagnés de leurs amis fidèles : les goëlands.

Lorsqu’il y a le vent de sud, les bateaux sont embaumés de brouillard.

Et lorsque le bateau nous salue par sa sirène ! Sa sirène a le même son que celui qui marque le début de l’émission radio la soirée de marins.

A part les grand bateaux, dans le golfe de Rijeka il y a aussi de petits bateaux de pêcheurs qu’on peut voir le matin ou au crépuscule. On peut discerner le pont de Krk. Voir le port qui dort. Des grues du chantier naval. La presqu’ile d’Istrie.

Qu’elle est belle, Rijeka ! Ces petites maisons aux jardins, des convolvulus violets qu’on peut voir encore à côté de l’église San Nicolo’.

Comme une Rijeka d’antan, ancienne. Ici poussent des agaves, menthe sauvage, romarin, lavande.

Le vent de sud sur la promenade au bord de la mer. Ce matin-là il y avait des averses, les ruisseaux sont apparus, ils se sont versées à la mer, tels de vrais geysirs, toute cette eau qui coule de l’Ucka à la mer, la couleur de mer marron, vert-clair et bleu.

Le vent de sud, préféré des geëlands.Ils tracent par leur vol ses lignes invisibles dans l’air.

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A mon retour à Opatija

Qu’est-ce qui m’est resté d’Opatija où j’avais vécu 10 ans ?

Lungomare-promenade au bord de la mer. Scirocco-Le vent de sud à Lungomare lorsqu’il n’y a personne qui s’y promène.

La bibliothèque. Cette belle bibliothèque jadis dans le parc, à la Villa Angiolina.

La païx, une fois les touristes partis.

Ces anciennes vendeuses dans des magasins.

Ces femmes qui travaillaient dans la Maison de santé, si modestes.

Ces chênes, à même la mer.

Dieu merci, j’avais vécu 10 ans à Opatija.

Cet odeur du laurier.

Opatija est un lieu de villégiature.

Ces hôtels, ces magnifiques cafés historiques : Slavija, Paris, Imérial, Continental.

Ces vieilles hôtels particuliers austro-hongrois où avaient vécu nos voisins, des ouvriers qui vivaient dans des palais.

Opatija est pleine de passé.

Opatija possédait l’esprit d’une autre époque : l’artisan qui fabriquait des chapeaux, le bijoutier philigrane.

Ici à Opatija comme si le temps s’était arrêté. Ici le temps va lentement.

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