trains

Ma sœur cadette a émigré. Elle est la seule de nous tous qui a émigré. Nous sommes parties ensemble en Italie, à Padoue. On déménageait nos affaires en train, nous deux transportâmes nos valises toute seules. C’étaient des valises sans roulottes, pas comme aujourd’hui. Moi, j’y ai tenu une année scolaire.

Je suis partie d’Opatija toute seule à la recherche de l’appartement à Padoue-ma voisine, une riche entrepreneuse, était émerveillée. J’avais 22 ans.

Je nous ai trouvé le logement, en premier temps deux appartements. Elle, elle occupait une chambre d’un appartement près de la Fac et moi, une chambre dans l’appartement rue Cardinale Callegari. Là, je recevais des lettres de mes amis épistolaires (PEN friends), d’un Américain (marin) et d’un Français qui lui aussi a voulu émigrer mais ne l’a pas fait (moi par contre oui. J’y vivais avec des Siciliens. Après, j’ai fait la demande de foyer des étudiants donc ma sœur et moi on a déménagé au foyer Monte Cengio. J’ai aussi obtenue une bourse de 6 million de lires italiennes que j’ai partagé en deux avec ma sœur, cela nous a permis de vivre et de réduire considérablement les frais de mes parents.

A Padoue, j’ai connu plusieurs personnes. Mais il n’y avait pas de rencontre décisive. Et je ne m’y suis pas trouvée moi-même. Ma sœur ne pouvait pas comprendre pour quelle raison je me suis scindée. Je lui ai dit que c’était une maladie.

Beaucoup d’années après, à Zagreb, j’ai lu que Padoue est pleine d’eaux souterraines. Je crois que cette ville ne me correspondait pas parce que je n’y ai pas trouvé ma culture.

Je veux croire que le passage par cette ville n’était qu’une étape pour arriver à Paris.

A Padoue, j’étudiais le français et l’espagnol. J’y ai ressenti l’atmosphère de Kafka lorsque j’obtenais codice fiscale- n. de Siret et lorsque j’y suis allée à la bibliothèque. Tout était poussiéreux.)

 

Moi j’excellais dans les dictés français. Mes collègues italiennes étaient à distance. Là j’ai commencé à lire en espagnol. A l’aide d’un dictionnaire, mais je lisais en espagnol.

 

J’ai visité les Colli euganei. Merveilleux paysage.

 

Ma sœur se soignait. Moi je n’étais pas trop soignée. Je ne pensais qu’aux études.

Ce qui m’a perturbé c’était la lecture du roman Béatrix de Balzac et le fait que j’y ai refait l’étude du siècle des Lumières.

 

Sinon, les exercices de langue étaient bien parce qu’on avait une lectrice française qui nous apprenait à utiliser le dictionnaire. C’étaient mes débuts d’apprentissage de traduction écrite (après, à Paris, j’ai visité ESIT et j’ai réalisé que l’interprétariat n’était pas pour moi).