Moi j’avais déménagé pendant 27 ans, à partir de ma 16e année. J’ai déménagé 17 fois, de ville en ville, de pays en pays.

Ce que j’ai pu constater c’est que les gens de ton entourage ne comprennent rien au mécanisme de déménagement. C’est un grand obstacle à la compréhension. Ainsi j’ai perdu plusieurs amies car elle ne comprenaient pas que je venais de déménager. Elles ne comprenaient pas ce que c’est d’arriver dans une nouvelle ville et de devoir organiser sa vie (pour moi plutôt organiser la vie de nous deux), elles pensaient que je les évite. Et moi j’avais d’autres chats à fouetter que de les appeler et de parler avec elles-sur quoi ? Oui : Il n’y a que les gens qui ont déménagé qui peuvent comprendre cette expérience car ils l’ont vécue sur leur propre peau.

Il y a des vérités qui s’avèrent toujours lors d’un déménagement. L’une d’elles est : Le vagabond est un invité indésirable. Tu déménages souvent ? C’est suspect.

Il y a encore un fait et je peux jurer que c’est scientifiquement prouvable, celui de la présence et l’absence.

Moi je travaillais dans une profession où déménager faisait partie du travail. Alors on n’est pas tout à fait présent dans la ville qu’on habite car on est toujours dans la possibilité d’un départ imminent. En fait, pendant ces 13 ans, j’étais moitié ABSENTE. Je n’étais pas complètement présente ni à Stbg (parce que je savais que je partirais) ni à Zg (parce que je partais constamment, que ce soient des départs réels -Toulouse, Arles- ou fictifs (parce que j’espérais repartir à l’étranger plus longtemps). A Paris aussi j’étais absente car je savais que je n’y pouvais pas rester de toute façon. Donc, j’étais absente du SOL où je marchais pendant 13 ans. Pendant 13 ans, je flottais dans l’air. Je fonctionnais, oui, bien sûr, on fonctionnait même en deux. Mais je n’ai pas eu d’enfants.

Et voilà encore un exemple. Cela arrive aussi aux marins (je l’ai entendu dans l’émission La soirée de marins) : on est chez soi, on sait qu’on va partir mais on ne sait pas quand. LE coup de fil : hop ! La date est fixée et on est déjà absent. Même s’il nous reste encore un mois avant le départ : mais on n’est plus présent.

 Moi je suis persuadée que le voyage crée l’addiction.

L’addiction au voyage.

C’est une ad-dict-ion.

C’est pour cela, à mon arrivée à Rijeka lors des premières fêtes de fin d’année où je ne devais pas faire mes valises, je me promenais devant la gare routière en voyant la foule qui s’entasse dans des bus comme moi autrefois en me disant : « Dieu merci, je ne dois plus partir. » Car la dernière année de ma vie à Zg je ne supportais plus de m’asseoir dans les bus de cette gare routière : je ne supportais plus ces éternels départs.

Encore un mot sur l’absence.

Lorsqu’on envisage de déménager, on n’est plus sur le sol-on est dans l’air. Lorsqu’on veut constamment quitter l’endroit qu’on habite – notre esprit est dans l’air. On n’est pas sur le sol-on est absent. Ton esprit est absent. Mais le corps et l’esprit doivent faire l’un : un ensemble.

J’y suis présente. Je ne suis plus absente, je ne suis plus dans l’air, je suis sur le sol.

Moi, mon voyage intérieur, je l’ai fait. Je l’ai fait en vrai, j’ai fait véritablement des voyages. Moi j’avais besoin de partir pour guérir le traumatisme. Ce long voyage a guéri mon traumatisme.

Moi je suis partie loin. Près de l’océan atlantique. J’ai fait tout ce long parcours.

Si moi j’ai pu passer par toutes ces expériences, je suis prête.